[Éditorial ] 2022, la faillite de la classe politique sénégalaise (Par Adama NDIAYE)

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L’année 2022 a été épanouissante voire même magique pour beaucoup de citoyens sénégalais pris individuellement. Certains ont décroché le job de leur rêve, d’autres trouvé l’amour d’une vie, d’autres encore vécu des expériences inoubliables, et voyagé dans des endroits inattendus. Nous avons tous eu, ça et là, nos moments de bonheur intérieur, de plaisirs intimes, qui resteront gravés dans nos cœurs et esprits à l’heure de refermer cette année. Mais concédons que, quel qu’ait pu pu être l’intensité de ces moments de grande joie, nous avons également été – à moins d’être incroyablement centré sur soi-même et sourd au bruit du monde – ébranlés, choqués, attristés par l’état de notre Nation.

Le Sénégal va mal. Il est dans un état comateux sur un grabat. Les maux gangrènent le corps national, et point de remède à l’horizon. Point de médecin, non plus, à son chevet capable de lui administrer le traitement qu’il faut. Si le pays est dans cet État, ce n’est pas tant à cause des Sénégalais que de leurs élites politiques.

Tout autour de ce corps, se groupent des hommes politiques discrédités, des marchands d’illusion et des apprentis sorciers. Toute une camarilla qui n’est mue que par le maintien ou la conquête du pouvoir.

Ces condottieri, sans foi ni loi, ont mis le pays à terre, violé ses institutions et sa respectabilité, et repoussé toujours plus loin les limites de l’abject et de l’indécence.

D’un côté, un pouvoir ploutocrate, accroupi sur ses privilèges et si peu soucieux de l’éthique, qu’il a, comme qui dirait, perdu le bon sens et la mesure. Ainsi après les terribles révélations du Rapport de la Cour comptes, qui ont mis à nu des irrégularités dans la gestion des fonds dédiés à la riposte contre le covi-19, il a inventé un concept jusque-là inédit : le seuil de tolérance en termes de mal gouvernance. “Circulez, ce n’est que 6 milliards, après tout”, nous a balancé en quelque sorte le Gouvernement. On n’est pas loin du fameux “Qu’ils mangent de la brioche” qu’aurait prononcé -les historiens sont partagés sur l’authenticité- la Reine Marie Antoinette à ceux qui lui disaient que le peuple de Paris manquait de pain. En France, ça a contribué à instaurer un climat insurrectionnel, au Sénégal, les mœurs semblant plus policées, l’indignation est plus ou moins contenue. Comme si le peuple sénégalais était tellement émoussé par des années de scandales politico-financiers, qu’il a perdu le sens du sursaut citoyen.

De l’autre côté, une opposition, celle incarnée par Yewwi Askan Wi, sectaire, intolérante, démagogue, si persuadée de sa légitimité et de sa destinée manifeste qu’elle foule au pied les principes les plus élémentaires. Opposition qui, à plusieurs reprises, nous a montré à l’Assemblée nationale un visage très inquiétant. Ce qui ne présage rien de bon pour l’avenir. L’affaire Amy Ndiaye, du nom de la député de la majorité présidentielle brutalisée dans l’hémicycle, le 1er décembre dernier par deux parlementaires de YAW, a été un révélateur. Aucun membre de la conférence des leaders de ce mouvement n’a condamné l’agression d’Amy Ndiaye ni formulé de remontrances contre les députés violents. Le comble de l’ignominie fut atteint lorsqu’un de leurs leaders, Barthélémy Dias, maire de Dakar, émit des commentaires scandaleux sur l’auteur de la grossesse de Amy Ndiaye.

Pris en tenaille entre ces deux pôles, beaucoup de Sénégalais sont désemparés. A quels saints vont-ils bien pouvoir se vouer alors que la présidentielle de 2024 approche, se demandent-ils inquiets ? Qui pour nous sortir du marasme politique et intellectuel ambiant ? Qui pour redonner un peu de sacralité à nos institutions ?

L’émergence d’un nouvel homme providentiel étant hypothétique, espérons que cette classe politique, qui a été si désastreuse, si pathétique et si peu consciente des réels enjeux de l’heure, se ressaisisse.

Voilà le vœu que je formule, en cette fin d’année.

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