Deux gendarmes et six civils renvoyés devant le tribunal militaire dans l’affaire du trafic de passeports diplomatiques

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Le procureur de la République avait exigé la comparution du ministre d’Etat Mahmoud Saleh, ancien directeur de cabinet du président de la République à titre de témoin

L’affaire du trafic de passeports diplomatiques démantelé par la police il y a quelques mois refait surface. Le juge d’instruction du 8e cabinet a renvoyé deux gendarmes et six civils devant le tribunal militaire de Dakar pour association de malfaiteurs, trafic de migrants commis en réunion, faux en écritures privées, escroquerie et usurpation d’identité. Le procès était initialement prévu le vendredi 30 septembre dernier mais le procureur de la République avait exigé la comparution du ministre d’Etat Mahmoud Saleh, ancien directeur de cabinet du président de la République à titre de témoin. Il se tiendra donc finalement vendredi prochain c’est-à-dire le 28 octobre.

Un an après avoir éclaboussé la République, l’affaire du trafic de passeports diplomatiques va connaître son épilogue judiciaire à travers un procès.

En effet, le juge du 8ème cabinet chargé de coordonner cette enquête l’a clôturée par une ordonnance renvoyant les nommés Mamadou Lamine Ba (gendarme avec le grade d’adjudant-chef) et Assane Dione (gendarme) ainsi que six civils devant la juridiction de jugement. Ces civils sont Limamoulaye Seck, Badara Sambou, Cheikh Ibnou Samb, Aly Ndao, Amadou Kébé et Amadou Ardo Sow.

Après avoir fait l’objet d’une instruction à charge et à décharge, militaires et civils seront tous poursuivis pour les délits d’association de malfaiteurs, de trafic de migrants commis en réunion, de faux et usage de faux en écritures privées, d’escroquerie et d’usurpation d’identité. Initialement prévu le vendredi 30 septembre dernier, le procès avait été renvoyé à la demande du procureur de la République qui exige la comparution du ministre d’Etat Mahmoud Saleh, ancien directeur de cabinet du président de la République à titre de témoin. Souhaitons M. Saleh sera à la barre vendredi prochain, dans trois jours donc, pour apporter son concours à la justice en vue de la manifestation de la vérité.

Au cours de l’instruction, l’homme d’affaires Limamoulaye Seck a reconnu devant le juge d’instruction son implication dans ce vaste réseau de trafic et de délivrance de passeports diplomatiques. Un réseau qui recrutait des candidats à l’émigration capables et disposés à payer des sommes variant entre trois millions (3.000.000 cfa) et quatre millions (4.000.000 cfa).

Poursuivant ses aveux faits de manière circonstanciée, le rabatteur en chef de la bande, ou « Seck » comme l’appelaient ses compagnons, a expliqué avoir intégré le réseau par le biais d’un certain Amadou Kébé établi en France qui l’avait aidé, lui-même, à obtenir un passeport diplomatique. C’est dans ce cadre qu’il a mis en cause l’adjudant-chef de gendarmerie Mamadou Lamine Ba alias Ousseynou. « Oui, c’est lui qui se chargeait de nous indiquer les marches et les démarches à suivre pour la constitution des dossiers. Ensuite, adjudant-chef Ba récupérait les dossiers pour les glisser dans le courrier destiné à l’aide de camp du président de la République pour approbation et signature en vue de l’établissement du passeport diplomatique au niveau du ministère des Affaires étrangères » a révélé Limamoulaye Seck aussi bien devant les enquêteurs de la Division des investigations criminelles (Dic) que face au juge d’instruction.

Adjudant-chef Ba chargé ! Interrogé à son tour, Badara Sambou ou l’informaticien-graphiste, a nié dans un premier temps les faits avant de les reconnaitre après avoir été confronté aux preuves et autres éléments irréfutables. Tout comme Limamoulaye Seck, Badara Sambou a profondément en mis en cause l’adjudantchef Ba qui serait le cerveau de cette entreprise délictuelle. « Pour preuve, j’ai effectué plusieurs transferts d’argent via Orange Money et Wave sur le compte de l’adjudantchef Ba » a-t-il indiqué lors de son audition sur le fond. Justement pour tenter de s’extirper du « fond » de la culpabilité, l’adjudant-chef Mamadou Lamine Ba a contesté les faits portés à son encontre.

Confronté aux transferts d’argent et aux appels téléphoniques encaissés et reçus de la part du rabatteur Limamoulaye Seck, l’adjudant-chef Ba a prétendu qu’à chaque fois qu’il discutait au téléphone avec ce dernier, il croyait avoir affaire à des autorités. « C’est après l’éclatement de cette affaire que je me suis rendu compte que le nommé Limamoulaye se faisait passer pour une autorité de la République. Parce que certaines autorités m’envoyaient de l’argent et autres cadeaux en nature en guise de remerciements pour la diligence et la délivrance de leurs passeports diplomatiques. Parce qu’en ma qualité d’assistant à l’Aide de camp du président de la République, j’intervenais naturellement dans la redaction des lettres d’approbation pour l’établissement ou le renouvellement des passeports diplomatiques » a soutenu le sous-officier de la gendarmerie.

Et pour tenter encore de se disculper devant le juge d’instruction, il a clairement ajouté que Badara Sambou avait indiqué devant les policiers de la Dic que c’était un autre individu qui s’était présenté à lui comme étant l’ « adjudant-chef Ba » et non, lui, adjudant-chef Mamadou Lamine Ba de la Présidence. A son tour, son collège gendarme Assane Ndione a été auditionné sur le fond de cette affaire scandaleuse. En service au Bureau des passeports du ministère des Affaires étrangères, Ndione a nié toute implication dans les faits. Il a juré sur tous les saints que « parmi tous ces mis en cause, je ne connaissais que Limamoulaye Seck et Badara Sambou. D’ailleurs, je voulais même les rayer de la liste de mes relations le jour où l’adjudant-chef Ba m’a révélé que Sambou avait reçu des sommes d’argent de Mme Fabienne Feliho en contrepartie de la promesse du renouvellement de son passeport diplomatique. Néanmoins, j’avoue que Limamoulaye me donnait souvent de l’agent dont les montants varient entre 15.000 cfa et 30.000 cfa comme geste de gratitude pour le traitement rapide de ses dossiers ».

Les gendarmes Mamadou Lamine Ba et Assane Dione comme les autres civils Limamoulaye Seck, Badara Sambou, Cheikh Ibnou Samb, Aly Ndao, Amadou Kébé et Amadou Ardo Sow, chacun en ce qui le concerne a concouru à l’établissement et à la délivrance de manière illégale de passeports diplomatiques à un tiers. Et le juge d’instruction du 8e cabinet en est convaincu ! D’où leur renvoi devant le Tribunal miliaire puisque parmi tout ce monde, il y a deux gendarmes appelés à répondre de leurs manquements et fautes professionnelles. La vérité devrait donc éclater à la barre de ce Tribunal militaire vendredi prochain.

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