Il y a cinq ans, les frères Kouachi attaquaient «Charlie Hebdo»

Le 7 janvier 2015, les frères Kouachi font irruption dans les locaux de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo. 12 personnes sont tuées, dont 2 policiers. Les frères Kouachi seront tués à leur tour après deux jours de cavale. Ils se revendiquaient d’al-Qaïda au Yémen.

Il est 11h20 ce 7 janvier 2015 lorsque deux hommes cagoulés vêtus de noir et armés de Kalachnikov entrent au numéro 10 de la rue Nicolas Appert, dans le XIe arrondissement de Paris. Ils se sont d’abord trompés d’immeuble avant de trouver ce qu’ils cherchaient : le siège de Charlie Hebdo.

Dans le hall d’accueil, les deux terroristes tirent sur deux agents de maintenance, tuant l’un d’entre eux. Ils croisent alors la dessinatrice Coco dans l’escalier et la prennent en otage lui demandant de les conduire à la salle de réunion du journal. Sous la menace, la dessinatrice déverrouille la porte blindée qui donne accès aux locaux du journal satirique.

Pourquoi Charlie

L’hebdomadaire ne s’adresse à l’époque qu’à un public restreint. Alors que peuvent-ils bien donc lui vouloir ? La réponse remonte à février 2006 quand le journal danois Jyllands-Posten échappe à un attentat après la publication de caricatures du prophète Mahomet. Par solidarité, Charlie Hebdo publie à son tour ces dessins satiriques en y ajoutant sa patte : en Une de l’hebdomadaire, un dessin signé Cabu fait apparaître le prophète se tenant la tête. En légende : « C’est dur d’être aimé par des cons ».

Le scandale est immédiat. L’Union des organisations islamiques de France, la Grande Mosquée de Paris entre autres portent plainte. Le président de la République Jacques Chirac condamne des provocations manifestes. Mais au pays de la liberté d’expression, le numéro est un succès sans précédent. Quelque 400 000 exemplaires sont vendus.

Rien ne freine l’équipe de Charlie Hebdo. En 2013, elle publie un numéro spécial « Charia Hebdo ». Quelques jours plus tard, un cocktail Molotov détruit ses locaux et marque le début d’une série de déménagements. Le site internet est piraté, un journal financé par al-Qaïda met à prix la tête d’un des collaborateurs, mais le journal résiste. Jusqu’à ce 7 janvier.

« Des tirs très nombreux »

Les deux hommes font irruption en pleine conférence de rédaction. L’un d’entre eux crie « Allah Akbar » et cherche ensuite à identifier Charb, le directeur de la rédaction, avant de l’abattre. Neuf autres personnes sont tuées : les dessinateurs Cabu, Tignous, Honoré, Wolinsky ; les chroniqueurs Bernard Maris et Elsa Cayat ; le correcteur Mustafa Ourrad ; Franck Brinsolaro, le policier chargé de la protection de Charb ; et Michel Renaud, venu rendre certains de ses dessins à Cabu. « On a entendu des tirs très nombreux, très nombreux », raconte Benoît Bringer, journaliste dans une société de production télévisée, voisine des bureaux de Charlie Hebdo.

En sortant de l’immeuble, les terroristes remontent dans leur voiture en criant : « On a vengé le prophète Mohammed, on a tué Charlie Hebdo ». Ils se retrouvent alors face à une patrouille de policiers à vélo. L’un des gardiens de la paix fait feu sur le véhicule. Les terroristes ripostent, blessent un policier qui tombe au sol, avant de l’abattre à bout portant.

Les deux hommes quittent alors les lieux dans leur voiture en direction de la porte de Pantin. La police perd leur trace à cet endroit. Durant l’équipée meurtrière, douze personnes auront été tuées.

C’était horrible. Il y en a beaucoup qui étaient déjà partis, parce qu’ils les ont abattus comme dans des exécutions et on a réussi à sauver les autres qui a priori vont bien ce matin.

Un journal en difficulté

Pour les membres de Charlie qui ont survécu, l’attentat reste cinq ans après un traumatisme. Tous appréhendent le procès des complices présumés des terroristes qui s’ouvrira en mai à Paris. « Ça va nous remettre au cœur de la tragédie », soulignait dimanche dans les colonnes du JDD Riss, qui a pris la tête de la rédaction.

L’équipe a profondément été renouvelée, après les désaccords apparus, très tôt, entre les survivants sur le mode de gouvernance du journal. La plupart des anciens depuis sont partis. L’argent aussi a fondu. En grande difficulté financière, Charlie Hebdo avait récolté 15 millions d’euros avec la vente exceptionnelle de son numéro du 14 janvier 2015. Sans compter les 5 millions de dons, et les nouveaux abonnements. Mais le journal dépense des millions chaque année pour sa sécurité, et s’il conserve 30 000 abonnés (deux fois plus qu’avant les attentats), les ventes en kiosque sont retombées.

Certains aujourd’hui reprochent à l’hebdomadaire d’avoir fait de l’islam et la laïcité une obsession. Riss s’en défend et assure que les couvertures consacrées à l’islam sont très minoritaires. Dans son édito du jour, il fustige surtout les « nouveaux censeurs » de tous poils : « associations tyranniques », « blogueurs », « minorités nombrilistes ». Cinquante ans après sa naissance, Charlie continue de faire un bras d’honneur à la censure.

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