Assassinat de Me Babacar Seye : l’opacité du dossier du défunt juge aura duré 26 ans

La date du 15 Mai marque l’anniversaire macabre de l’assassinat du juge du Conseil constitutionnel dans un contexte post-électoral trop bouillant avec les législatives de 1993 sous le magistère du président Abdou Diouf. Un crime qui a précédé l’entrisme théorisé par le régime socialiste de l’époque pour calmer l’ardeur de l’opposition dirigée par Me Abdoulaye Wade. Lequel avait déjà creusé les sentiers d’une alternance, devant passer par une cohabitation à l’Assemblée nationale et que le président Diouf et son parti ne voulaient pas. Mais les démissions successives des magistrats qui présidaient tour à tour la commission nationale de recensement des votes cachaient mal des menaces certaines qu’ils auraient reçues. Par qui ? et pourquoi ? Une chose est sure, après le renoncement de Kéba Mbaye et d’Andrézia Vaz, Me Babacar Seye semblait déterminé à publier les résultats issus de ces élections législatives, traduisant fidèlement la vérité des urnes. Il sera malheureusement assassiné le 15 Mai 1993 sur la corniche ouest, à la veille de la proclamation des résultats et 3 « coupables » que sont Clédor Sène, Assane Diop et Pape Ibrahima Diakhaté furent arrêtés depuis la Gambie où ils s’étaient réfugiés. S’en est suivi un procès où les présumés auteurs avaient livré le nom de l’opposant Abdoulaye Wade avant de se rétracter pour le disculper à la barre. Cependant, les noms de grands ténors socialistes ont été également cités comme des complices par Clédor Sène. Notamment l’ancien maire socialiste de la Médina le défunt Ahmet Diène qu’il aurait rencontré dans une « dibiterie » sise au quartier de Grand Dakar et qui lui aurait remis l’arme fatale. Une piste à laquelle beaucoup d’observateurs avaient accordé du crédit, parce que simplement l’opposition qui était pressentie vainqueur de ce scrutin, n’avait aucun intérêt à tuer Me Babacar Seye. Encore que le mutisme du ministre de l’intérieur à l’époque Madieng Khary Dieng qui vit encore dans l’anonymat total était trop suspect. D’autres noms comme ceux de l’ancien premier ministre Habib Thiam, du ministre chargé des Affaires présidentielles Ousmane Tanor Dieng et de Mamadou Diop ancien maire de Dakar revenaient très souvent au cœur de cette rocambolesque affaire qui n’a toujours pas révélé ses secrets. A l’ouverture du procès, l’on se rappelle également que ni le chauffeur encore moins le garde du corps qui étaient pourtant très proches de Me Babacar Seye n’ont pu apporter des réponses claires aux interpellations de la Cour…

Mamadou SALL