Au Burundi, on ne tacle pas le président Pierre Nkurunziza

Au Burundi, deux hommes ayant participé à l’organisation d’un match de football entre une équipe locale et celle du président Nkurunziza ont été écroués, accusés d’avoir aligné des réfugiés congolais qui auraient « fortement rudoyé » le dirigeant.

Au Burundi, un match de football a débouché, jeudi 1er mars, sur l’emprisonnement de deux de ses organisateurs. La rencontre opposait, un mois plus tôt, le club de Kiremba, commune du nord du pays, au Alléluia FC, l’équipe du président Pierre Nkurunziza, ancien professeur de sport qui joue toujours régulièrement.

« Les deux responsables administratifs ont été arrêtés et écroués pour ‘complot contre le chef de l’État’, sur mandat du procureur de la République près la cour d’appel à Ngozi », a annoncé par téléphone une source judiciaire à l’AFP, qui a requis l’anonymat.

Pourtant membres du parti présidentiel, le CNDD-FDD, ils ont été arrêtés jeudi par la police et le SNR, le Service national de renseignement, qui dépend directement du président.

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Ce que la justice leur reproche ? Le recrutement de joueurs parmi les réfugiés congolais du camp de Musasa, à Kiremba, qui auraient malmené physiquement le chef de l’État pendant la rencontre. « Ces Congolais ne connaissaient apparemment pas le président Nkurunziza, parce qu’ils l’ont fortement rudoyé. Ils l’ont attaqué à chaque fois qu’il avait la balle et l’ont fait tomber à plusieurs reprises, alors que les joueurs burundais prenaient soin de ne pas l’approcher de trop près », a indiqué un témoin cité par l’AFP.

« Complot contre le chef de l’État »

Le média progouvernemental Ikiriho avance une autre version. Les deux hommes seraient poursuivis pour « atteinte à la surêté de l’État ». Les tacles ne seraient en cause, mais ce serait le non-respect des « consignes autour de l’équipe présidentielle ». Normalement, à l’intérieur du Burundi, l’équipe Alléluia FC joue contre des équipes locales exclusivement composées de nationaux, « une façon pour le président Nkurunziza de prolonger la joie d’être avec la population après les TDC [les travaux de développement communautaires, NDLR] », souligne la source citée par le journal.

La répression et la terreur règnent au Burundi depuis la vague de protestation née en avril 2015 après l’annonce de la candidature de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat. « Épuration » ethnique de l’armée, opposants réduits au silence et modification de la Constitution pour faire sauter la limite des mandats présidentiels : le régime burundais s’enfonce dans la violence et transforme le pays en dictature, avertissait en juillet 2017 la Fédération internationale des droits de l’Homme. Selon elle, à cette date, la crise avait déjà fait plus de 1 200 morts, de 400 à 900 disparus, 10 000 personnes détenues pour des motifs politiques et a poussé plus de 400 000 personnes à l’exil.

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