Aide au retour volontaire : « Si mon projet fonctionne au Cameroun, je n’aurai pas tout perdu »

Après un an et demi passé en France, Cristel Cabrel Dipanda a choisi d’accepter l’aide au retour volontaire proposée par l’Ofii et de rentrer au Cameroun pour y tenter un nouveau départ. Ce musicien rêve d’ouvrir une librairie musicale à Yaoundé.

C’était sa dernière nuit sur les trottoirs de Paris. Jeudi matin, Cristel Cabrel Dipanda, 39 ans, est passé prendre une douche chez l’oncle d’un ami porte de Pantin et a bouclé ses deux énormes valises. Les poches de sa veste en cuir sont pleines. Sous son pantalon gris à grosses poches latérales, il a glissé un bermuda beige. « Il fera chaud une fois arrivé à Douala ». Le chapeau qu’il ne quitte jamais lui donne un petit air de dandy.

Cristel Cabrel a choisi de rentrer au Cameroun en bénéficiant de l’aide au retour volontaire proposée par l’Ofii aux déboutés du droit d’asile et aux sans-papiers. L’organisation fournit aux personnes sélectionnées un billet d’avion et 650 euros en liquide pour lancer un projet de réinsertion par l’emploi. Cristel Cabrel aimerait ouvrir une librairie musicale à Yaoundé. Il y vendrait des livres de partitions, des méthodes pour apprendre le solfège et des instruments.

Dans un grand sac de voyage en cuir noir, ce passionné de musique a rangé la convocation de l’Ofii au terminal 2E de l’aéroport Charles de Gaule, un laissez-passer délivré par le consulat du Cameroun à Paris, quelques partitions et les feuilles sur lesquelles il a commencé à jeter les premières notes d’une chanson qui racontera son histoire.

Cristel Cabrel a commencé à composer une chanson pour raconter son histoire. Crédit : Julia Dumont, InfoMigrants.

« À partir du Niger, vous sentez que la galère commence »

Celle-ci commence dans un piano-bar d’une petite ville de la banlieue de Douala et se termine sur l’avenue Jean Jaurès, au nord-est de Paris. Avant de partir pour la France, Cristel Cabrel était pianiste dans un petit cabaret tenu par sa mère. De son propre aveu, il ne manquait pas d’argent mais était fasciné par ce que lui racontaient ses amis partis en France à leur retour au pays. « Ils louaient de belles voitures et ramenaient des parfums à leur famille. J’ai eu envie de vivre la même chose qu’eux », confie le musicien.

Une fois sur la route, Cristel Cabrel perd vite ses illusions. « À partir du Niger, vous sentez que la galère commence ». Comme tous les candidats à l’exil, il doit remettre son destin entre les mains d’un passeur qui lui promet de le faire passer en Europe en échange de 800 000 francs CFA (environ 1200 euros).

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Après un bref passage en Libye, Cristel Cabrel traverse la Méditerranée à bord d’un bateau en bois sur lequel s’entassent plus de 70 personnes. « C’était terrible, quatre personnes sont mortes, une fille et trois garçons », se souvient le pianiste. Arrivé indemne en Italie, il reste une semaine sur la péninsule avant de rejoindre la France le 1er octobre 2016.

Cristel Cabrel n’a pas demandé l’asile à son arrivée à Paris. Il estimait qu’il n’en avait pas besoin et, surtout, il pensait pouvoir trouver facilement du travail, bien qu’il n’ait pas de papiers. Sans ressource, le musicien vit à la rue, sur des cartons, avec d’autres migrants africains. Il se nourrit grâce aux tickets repas distribués par Emmaüs et se lave dans les douches publiques du XXe arrondissement. Son rêve français s’écroule. « Mes amis qui frimaient au pays ne répondent plus à mes appels ».

Sensibiliser les plus jeunes

En mars 2017, l’annonce de la mort de ses parents dans un accident de voiture au Cameroun est un choc. Cristel Cabrel commence à penser que sa place n’est pas en France. Quand l’Ofii lui propose l’aide au retour volontaire et la réinsertion par l’emploi, il y voit le moyen de s’offrir un nouveau départ. Mais pour sa famille restée au Cameroun, son renoncement est un échec : « Ils ne comprennent pas ma décision car ils ne croient pas que je puisse avoir faim en France ».

Un membre de l’Ofii est venu remettre un billet d’avion et 650 euros en liquide à Cristel Cabrel. Crédit : Julia Dumont, InfoMigrants.

Sur la route qui mène à l’aéroport, Cristel Cabrel confie avoir le sentiment de s’être laissé berner par ceux partis avant lui. « Je m’en veux c’est vrai, mais, si mon projet fonctionne, je n’aurai pas tout perdu. Mon feu papa disait que la souffrance est une école de sagesse. »

À son retour à Yaoundé, il s’est promis de raconter son histoire aux jeunes Camerounais, à commencer par ses enfants, des jumeaux de 14 ans, qui vivent avec leur mère, son ex-compagne. Le pianiste ne leur a pas encore dit qu’il rentrait au pays. Avant cela, il veut prendre le temps de stabiliser son projet et de se recueillir sur la tombe de ses parents. « J’irai leur rendre visite après ».

 

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